Chapitre 41 : La disparition magique
D'abord ses yeux.
Deux yeux grands, noirs,
Ombragé, épousseté, le regard ;
Assez droit, immobile.
Elle sait, assurée qu'on la voit.
Elle sait.
Au milieu,
Son nez court sur son visage.
Au loisir de ses joues, rosie au maquillage,
Joueuses les joues, rieuses, amuseuses.
Elles parlent entre elles de l'autre.
Et plus bas,
Sa bouche, l'autre.
Deux lèvres pleines,
De rien et déjà de tout,
Retenant à leurs commissures
un sourire qui n'a pas encore décidé
s'il allait naître.
Les cheveux ondulés glissent et caressent
Des épaules larges, faites pour porter
Ceux qui embrassent le vêtement, en fête
Débordé par la douceur, sans cesse, sans fin répétée.
Puis soudain,
elle danse et disparaît.
Dix doigts aux ongles rouges
referment le rideau sur son visage.
Plus d'yeux.
Plus de bouche.
Plus qu'une chevelure noire
et deux mains qui disent :
« Tu ne me verras plus. »
Mais elle triche.
Car quelque pas plus tard,
ses mains tombent,
le rideau s'ouvre.
Ses yeux reviennent d'abord,
baissés cette fois,
puis ses joues,
sa bouche,
et enfin ce sourire minuscule
qu'elle avait caché avec elle.
C'est peut-être ainsi
qu'il faut faire son portrait :
la regarder apparaître,
la regarder se cacher,
et comprendre
qu'elle est encore plus belle
dans la seconde exacte
où elle décide
de se montrer.
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